» La meute » ( ed. Flammarion) est un évènement éditorial. L’ouvrage est consacré à Jean-Luc Mélenchon et à son mouvement la France insoumise. Les auteurs ont interrogé de nombreux témoins, souvent d’anciens membres qui ont été exclus ou qui ont quitté le mouvement et ils ont recoupé leurs informations pour être sûrs de ne pas faire l’objet d’un procès en diffamation. L’ouvrage est un double portrait: celui de Mélenchon et celui de LFI.
Le portrait de Mélenchon nous présente une image à facettes multiples . D’un côté, on voit un homme préoccupé par l’âge , le tragique de la. destinée. Cependant, ce sont les aspects les plus problématiques qui l’emportent . On note d’abord un côté autoritaire, caractériel. Ensuite ,les auteurs dressent le portrait d’un homme imbu de lui-même , sûr de ses intuitions. On voit également un homme qui entretient un phénomène de cour, qui octroie ses faveurs et, contrepoint logique, qui peut condamner ceux qu’il n’apprécie plus ou qui l’ont critiqué. Faveur et déchéance sont les deux faces d’un même phénomène de cour. On peut aussi s’interroger sur le soutien disproportionné attribué à son » dauphin » supposé , Adrien Quattenens condamné pour violence conjugale . Mélenchon semble s’enfermer dans l’autoritarisme. Une des raisons semble la disparition ( mort de son conseiller Delapierre et d’un autre conseiller) ou l’ éloignement de gens de sa génération qui avaient mené des combats avec lui et qui pouvaient parler avec lui d’égal à égal. La disparition de ces proches le laisse seul ou entouré de courtisans. On dirait Robespierre de plus en plus isolé . On ne souhaite pas le même sort à Mélenchon .On peut critiquer ses prises de position, sa radicalité , son indulgence pour les régimes dictatoriaux ( Chine,Russie, Vénézuéla). Ses choix récents inquiètent, en particulier le fait de » miser » sur les jeunes issus de l’immigration et d’attiser l’hostilité à l’égard d’ Israël et le sionisme au delà de toute analyse raisonnable . Attiser le fanatisme et la haine, présenter le pays comme touché par l’islamophobie, se focaliser uniquement sur la situation à Gaza ( et pas dans un sens équilibré) est inquiétant. Enfin ,certains de ses propos sur Eric Zemmour et Jérôme Guedj , sans être réellement antisémites , sont proches d’une relation problématique avec l’identité juive.
L’ouvrage est aussi un portrait de LFI et le tableau est sombre. Les cadres et députés sont peu formés , ont une faible expérience professionnelle , d’où la méfiance du PC et de la CGT . Il règne dans le mouvement un esprit de soumission aux dirigeants qui fournissent les éléments de langage répercutés ensuite. La soumission aux chefs et aux dirigeants est forte. Ceux qui critiquent , nuancent, sont impitoyablement écartés et certains fidèles ( Raquel Garrido , Alexis Corbière ) en ont fait les frais. L’intimidation, la violence verbale ,le refus des critiques l’emportent .On peut y ajouter des soupçons de malversations financières.C’est un portrait sombre d’un mouvement politique. On est proche du parti bolchevik ou du Parti communiste à ses débuts ,avant le Front Populaire. C’est très inquiétant.
Le bilan est en fin de compte accablant . Pour parvenir au pouvoir, Mélenchon et LFI attisent le fantasme de la guerre civile et attisent la haine sociale et le fanatisme Cependant la France de 2025 n’est pas la Russie de 1917 et Hollande ou Macron ne sont pas Kerenski. Il est très vraisemblable qu’ils ne parviendront pas à accéder au pouvoir .