Jean – Paul Kauffmann, journaliste ,écrivain , otage du Hezbollah au Liban entre 1985 et 1988 a écrit plusieurs ouvrages remarquables. Je me permets de recommander son ouvrage sur la bataille d’ Eylau. Il vient de publier » L’ accident » aux Editions des Equateurs et il était l’invité d’ Alain Finkielkraut dans Répliques le samedi 26 avril . « L’accident » est un ouvrage remarquable à plus d’un titre.
Il s’agit d’abord d’une évocation de sa famille et de son enfance dans la Bretagne de l’après- guerre. Il est rare que l’on évoque de manière aussi exacte ce qui unit les parents et ce qui constitue leur personnalité. On se demande souvent ce qui constitue l’essence d’une personnalité et l’on y parvient rarement , or Jean- Paul Kauffmann parvient à montrer le caractère profond de ses parents. Son père était un homme extrêmement sérieux et rigoureux , animé d’un grand sens du devoir , mais aussi un homme bienveillant . Sa mère était une femme complexe , en apparence pessimiste , mais ayant en fait un grand optimisme , une grande confiance dans la vie et dans son intelligence . Ils se sont de surcroît largement mobilisés lorsque Kauffmann était otage .Bref ,il est rare de lire des portraits qui cernent aussi bien des personnalités.
L’ouvrage est aussi un tableau de la France rurale de l’après-guerre . L’ accident qui donne son titre à l’ouvrage est celui d’un camion qui transportait l’équipe de football du village de Corps-Nuds , accident qui fit dix-huit morts. Le camion qui transportait les footballeurs était un camion Dodge sans doute acheté sur les surplus américains . Le chauffeur était un jeune homme , fortement alcoolisé. Jean- Paul Kauffmann dresse le portrait d’une société rurale qui avait sans doute assez peu évolué depuis le XIXème siècle : une société de propriétaires moyens , assez prospères , et ayant organisé toute une sociabilité solide , ancienne et chaleureuse . La mère de l’auteur appartenait à ces familles d’agriculteurs.On était avant le remembrement que Kauffmann critique et ce que le sociologue Henri Mendras , cité par l’auteur a nommé » la seconde révolution française ». Le père de Jean- Paul Kauffmann était boulanger et l’auteur décrit avec émotion la manière dont son père effectuait avec détermination ce travail.
Jean- Paul Kauffmann montre la place qu’occupait l’ Eglise catholique dans son enfance. L’ Eglise était une structure d’encadrement des fidèles , un encadrement spirituel ( la messe ,les prêches) et en particulier de la jeunesse ( Jean-Paul Kauffmann a été enfant de choeur et il servait la messe) mais aussi un encadrement social. Kauffmann dresse le portrait de deux ecclésiastiques différents : l’abbé Brionne ,attaché à un catholicisme traditionnel et très attaché à ses » privilèges » d’ecclésiastique ( moraliser la population) et l’abbé Rousseau ( un cousin de l’un de ses parents ) ,plus attentif aux fidèles et plus ouvert aux réformes. Les deux ecclésiastiques avaient fait de solides études et on voit à quel point leur culture a pu irriguer le monde rural. L’ouvrage montre aussi à quel point les ecclésiastiques savaient reconnaître les enfants ou adolescents les plus doués et les plus prometteurs. C’est à l’abbé Brionne et surtout à l’ abbé Rousseau que Jean-Paul Kauffmann doit d’avoir développé sa culture littéraire ( c’est un lecteur passionné) et d’avoir poursuivi ses études. On peut aussi penser que cela répondait aux désirs de ses parents , mais les prêtres ont eu une influence décisive.
L’ouvrage comporte de belles méditations sur les odeur ( notamment celle du pain et du fournil ) ce que l’on ressent et Kauffmann rend un bel hommage à Gaston Bachelard. Il évoque également la nostalgie , l’irréversible et rend hommage à Vladimir Jankélévitch . Enfin l’auteur consacre de très belles page au peintre Poussin , au caractère mystérieux et à la beauté de ses tableaux.
Otage au Liban entre 1985 et 1988 , il évoque sa captivité , la cruauté de ses geôliers , leur antisémitisme ( Kauffmann n’est pas juif , mais ses geôliers pensaient qu’il l’était) , son inquiétude, la solitude dans laquelle il se trouvait , l’angoisse qu’il éprouvait.