le film de Xavier Giannoli » Les rayons et les ombres » est un film ambitieux consacré à Jean Luchaire et à sa fille Corinne . Jean Luchaire qui était pacifiste avant la guerre rejoignit la Collaboration , dirigea le journal collaborateur » Les nouveaux temps » et fut fusillé en 1946 . Sa fille Corinne était une actrice connue avant la guerre. Le film retrace l’itinéraire de Jean Luchaire , ses liens avec l’ambassadeur de l’ Allemagne nazie à Paris Otto Abetz , son engagement dans la Collaboration ,sa fuite à Sigmaringen, puis son arrestation et son procès .Sa fille semble ne pas avoir compris grand -chose à ce qui se passait sous l’Occupation. Le film évoque le destin de Corinne Luchaire, actrice assez connue avant la guerre . Après la guerre le film montre qu’elle a cherché à comprendre ce qui s’était passé , sans vraiment y parvenir . C’est sans doute la part la plus fictionnalisée du film . Xavier Giannoli imagine les pensées et les analyses de Corinne Luchaire après la guerre. Le film met l’accent sur les liens entre Jean Luchaire et sa fille. Le film ne dissimule pas l’engagement de Luchaire : son engagement dans la collaboration , à la fois par idéologie et par intérêt son acceptation de la politique antisémite ( l’ acceptation du statut des Juifs, la minimisation des rafles et le peu de curiosité pour le sort réservé aux Juifs). Le film est une fresque qui montre l’engagement de journalistes dans la collaboration, les compromissions avec l’ambassade d’ Allemagne, pour obtenir de l’argent et du papier . Le film montre bien quelle a été la politique d’ Otto Abetz et celle des dirigeants nazis : « ménager » la France pour pouvoir l’exploiter économiquement et exploiter sa main d’oeuvre et pour que Vichy maintienne l’ordre. C’est ce qu’ont montré les historiens de la période comme Henry Rousso. Le film est très bien joué. Jean Dujardin, qui joue jean Luchaire, a dit qu’il avait abordé son rôle avec crainte . Il joue en effet avec une grande retenue , une absence d’effet , presqu’un effacement . C’est une grande composition . L’actrice qui joue Corinne Luchaire , Nastia Golubev- Carax , joue très bien , un mélange de fragilité , de folie August Diehl joue un Otto Abetz très convaincant . Une mention pour une brève composition d’un acteur qui interprète un Céline antisémite terrifiant .
Comme je l’ai souligné , le film est une fresque qui relate la collaboration où l’ on voit les personnages qui ne peuvent sortir de leurs compromissions.
L’impression est positive, mais je me permettrai de formuler trois critiques . Le film veut montrer que les nazis et les collaborateurs menaient la grande vie .Il y a de nombreuses scènes où l’on boit beaucoup d’alcool , mange du caviar. Il y a des scènes de débauche . Pendant que la population avait faim et que l’on arrêtait les Résistants et les Juifs , les collaborateurs mangeaient du caviar . On peut penser que ces scènes sont parfois un peu répétitives.
Il manque, me semble-t- il, une scène où Luchaire et sa fille se promèneraient dans la rue et verraient les queues devant les magasins ou verraient un Juif portant l’étoile jaune . On sait que le secrétaire de Jean Moulin, Daniel Cordier avait été bouleversé lorsqu’il avait croisé à Paris un vieillard portant l’étoile jaune . Une scène de ce genre aurait peut être été possible.
Le film donne à la fin du film une image négative des Résistants . On voit certes pendant le film des Résistants qui impriment des tracts , un Résistant, ancien journaliste du journal de Luchaire est torturé et tué. Cependant à la fin du film , Luchaire et sa fille sont arrêtés par des Résistants présentés comme des brutes épaisses. Ils sont sauvés par des soldats de l’armée régulière . C’est une vision caricaturale de la Résistance intérieure. On minimise le courage des Résistants de l’intérieur . C’est un cliché connu; l’an dernier le musée de la Libération avait consacré une exposition au film » Paris brûle t-il ? » .L’exposition montrait que le rôle de la Résistance communiste ( sauf le rôle de Rol- Tanguy) était minimisé.
Au delà de ces réserves , on peut saluer cette fresque historique bien interprétée et mise en scène .