» Les derniers jours du Parti socialiste » d’ Aurélien Bellanger : médiocrité du romancier, bassesse du pamphlétaire.

 » Les derniers jours du parti socialiste  » ( ed. du Seuil ) d’ Aurélien Bellanger est un pamphlet déguisé en roman à clé. Il n’est pas sûr que déguiser un pamphlet en roman soit une réussite.

Il existe des pamphlets réussis . C’est le cas des pamphlets d’ Eric Naulleau contre Sandrine Rousseau (  » la faute à Rousseau ») ou Jean-Luc Mélenchon (  » La République c’était lui » ). Le pamphlet se donne comme tel , le trait est forcé comme dans une caricature , c’est bien vu et en 150 pages petit format , le pamphlet est plié. Ce n’est pas vraiment le cas du livre de Bellanger.

La thèse d’ Aurélien Bellanger que je discuterai plus bas est la suivante : ceux qui critiquent la religion musulmane, publient des caricatures de Mahomet comme  » Charlie- Hebdo » et défendent de manière intransigeante la laïcité sont des personnes qui cherchent à se moquer et à humilier les immigrés musulmans , et au delà qui cherchent à marginaliser, voire à expulser les Musulmans.

Le roman est un roman à clé. Le personnage principal, Grémond est sans doute la représentation du professeur de sciences politiques Laurent Bouvet, mort en 2021 , défenseur de la laïcité, hostile au communautarisme et inquiet de la montée de l’islamisme. . On croise également des personnes assez facilement reconnaissables : Michel Onfray ( à la fin de l’ouvrage,Frayère, le personnage qui incarne Michel Onfray devient une sorte de mixte d’ Onfray et de Zemmour), Jean- Paul Enthoven, l’ancienne équipe de Charlie- Hebdo : Philippe Val , Caroline Fourest, Richard Malka. On y croise également les essayistes Rachel Kahn et Rokhaya Diallo, présentée sous un jour favorable , ou l’ancien ministre de l’ Education nationale Jean-Michel Blanquer , sans oublier le Président ( présenté comme un Président mélancolique , ce qui n’est sans doute pas inexact) son épouse et leur conseillère en communication Mimi Marchand.

Le problème du pamphlet déguisé en roman est double. En premier lieu, les personnages ne sont que des esquisses : pas de profondeur psychologique, des silhouettes. Pas d’intrigue. Bellanger défend une thèse et le récit est au service de cette thèse. En second lieu l’ouvrage déploie une méchanceté, une cruauté excessives. C’est le cas de Frayère- Onfray ( puis Onfray- Zemmour ) . Ses origines modestes, provinciales son caricaturées On peut certes regretter le glissement à droite d’ Onfray, mais il est méprisant d’ironiser sur ses origines modestes. On peut penser que si Onfray était devenu un soutien de la France Insoumise Bellanger ne l’aurait pas caricaturé de la sorte. Il en est de même pour l’ancien directeur de Charlie-Hebdo,Philippe Val , présenté comme un arriviste amateur de homards organisant des dîners dans sa maison de campagne. Rachel Kahn est aussi caricaturée. Pour en revenir à Philippe Val qui a publié les caricatures de Mahomet, l’auteur lui prête des intentions opportunistes. Les attaques contre Charlie- Hebdo confirmeraient ses thèses anti- islam. Quant à l’assassinat des journalistes de Charlie-Hebdo en janvier 2015, ce serait un nouvel 11- Septembre qui justifierait une  » croisade » comme celle menée par George Bush.

C’est du reste l’un des grands reproches que l’on peut adresser au livre : l’ attaque contre Charlie- Hebdo et l’Hyper casher, les attentats du 13 novembre, et la décapitation de Samuel Patry sont évoqués mais minimisés. Ainsi Bellanger souligne- t -il que l’un des assaillants de l’attaque contre Charlie- Hebdo a laissé une femme en vie en lui disant de lire le Coran, mais il se garde de mentionner la violence dont a été victime la dessinatrice Coco et l’assassinat de la psychanalyste Elsa Cayat. Dans l’ensemble, la portée de ces attaques/ attentats est minimisée. Elles sont présentées comme des moyens pour les personnages du livre de justifier et d’instrumentaliser leur cause antimusulmane. Pour Bellanger , l’horreur des massacres ( un des personnages possède sur une clé Usb des photos du massacre du Bataclan) est instrumentalisée. Le ministre de l’ Education pense que l’assassinat de Samuel Patry servira ses ambitions.

Il faut alors discuter la thèse centrale de l’ouvrage et faire un peu d’histoire politico-intellectuelle. Il y a une quinzaine d’années la fondation Terra Nova aurait conseillé aux socialistes d’abandonner plus ou moins les revendications des classes populaires pour se concentrer sur la défense des sujets sociétaux et défendre les immigrés. Cette thèse a été critiquée par d’autres courants intellectuels qui prônaient un retour à la laïcité et à la nation. Ce retour à la laïcité pouvait s’accompagner d’une critique du fondamentalisme islamiste, d’une analyse des risques que fait courir l’ islamisme. Les caricatures de Mahomet publiées par Charlie-Hebdo et sa critique du fanatisme s’inscriraient dans ce contexte. Il s’agirait d’une critique datée, une sorte d’anticléricalisme destiné à plaire aux soixante -huitards. Sans qu’ils le veuillent les caricaturistes de Charlie- Hebdo s’inscriraient dans une tendance laîcarde destinée à humilier les Musulmans et à combattre les nouveaux mouvements sociétaux : dénonciation du racisme, évocation des discriminations dont sont victimes les personnes noires ( désolé, je n’emploie pas le terme de racisé) .

Tout n’est pas inexact dans les propos de l’auteur. On peut critiquer l’indifférence du Président pour tout ce qui concerne les problèmes sociaux ou la brutalité de la répression policière. On peut aussi critiquer un certain autoritarisme bonapartiste du Président, tout devant être résolu par l’autorité de l’ Etat. Par ailleurs , à propos des caricatures, on pourrait faire remarquer que personne n’est obligé de lire Charlie-Hebdo et que la critique des religions est courante en France. De plus ,on a vu peu de gens s’indigner de l’anticléricalisme anti catholique, alors que de nombreux migrants catholiques. originaires d’ Italie, d’ Espagne ou du Portugal arrivaient en France.

Pourtant, l’éloge de la laïcité et la critique des virtualités fanatiques que peut receler l’ Islam ne sont pas infondées. Les élèves musulmans ont sans doute tout intérêt à séparer le domaine scolaire du domaine religieux. L’interdiction des signes religieux à l’école et de l’abaya a été positive. Le sociologue Eric Maurin a montré que l’interdiction du port du voile à l’école a eu des effets positifs sur la scolarité des jeunes filles musulmanes, cette interdiction les ayant libérées d’un conflit de légitimité entre leurs familles et l’école. Bellanger critique une France  » crispée  » sur la laïcité et qui ne verrait pas ce que peut apporter la diversité. Personne ne remet en cause cette diversité. Il est indispensable de lutter contre le racisme et de favoriser l’intégration. Il n’est pa sûr du reste que ceux qui défendent le communautarisme fassent autre chose que de défendre leur propres ambitions et leur propre place médiatique. Il est également légitime de dénoncer le fanatisme et les assassinats.. L’inquiétude face à l’ islamisme n’est pas infondée. Surtout , il me semble que Bellanger sous -estime le poids de l’intégrisme musulman et sa volonté d’embrigader les jeunes Musulmans . Les sociétés où l’ Islam occupe un place dominante ou exclusive ne brillent pas par leur tolérance et leur démocratie. La situation des femmes n’y est pas réjouissante. De plus ,les attentats / assassinats , montrent le caractère fanatique et violent de l’islamisme. Bellanger estime t- il qu’il ne faut pas le combattre ? De plus, l’hostilité au catholicisme ( assassinat du Père Hamel ) et le violent antisémitisme qui accompagnent l’islamisme sont sous -estimés par Bellanger. On peut penser que l’affirmation de la laïcité et du droit à la caricature sont des moyens de lutter contre le fanatisme islamiste.

Ajoutons une dernière remarque polémique. Bellanger voudrait écrire un ouvrage célébrant l’avant- garde : face aux vieux laïcards, la diversité va l’emporter. Le problème c’est que les islamistes sont des fanatiques intolérants et archaïques qui n’incarnent en rien le progrès et qui ont leur propre agenda. On pourrait donc soutenir que la défense de la laïcité et de la caricature ont constitué et constituent un précieux rempart contre le fanatisme. Le combat pour la liberté et la tolérance n’est pas là où Bellanger croit qu’il est .

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