L’acteur et producteur Jacques Perrin est mort et France 5 a diffusé hier soir » Le crabe-tambour » de Pierre Schoenderffer . Je me souviens avoir vu Jacques Perrin dans » Z » de Costa-Gavras où il jouait le rôle d’un journaliste combattif , aux côtés de Jean-Louis Trintignant juge déterminé à faire éclater la vérité sur l’assassinat d’un député grec de gauche. et intransigeant . » Le crabe- tambour » raconte comment des officiers de marine partent à la recherche d’un autre officier de marine qui a été emprisonné après l’échec du putsch des généraux de 1961 et devenu commandant d’un chalutier. le film est très réussi par sa vision de la vie en mer ,sur la manière dont la Marine nationale escorte et aide les chalutiers français. C’est bien filmé .Il y a des séquences sur Saint- Pierre et Miquelon et à Terre – Neuve : paysage gelés , dureté de la pêche, blessures des marins .
Le film est très bien construit avec un mystère sur les personnages et des flash- back.
C’est évidemment un film politique .Pierre Schoenderffer était journaliste ( de l’ Armée me semble t- il ) lors de Dien Bien Phû et il fait l’éloge de l’armée française et critique le Viet -Minh et le Nord Vietnam ( le film se déroule lors de la prise de Saïgon en 1975 et le film diffuse des actualités télévisées que les officiers regardent à la télévision) . Le personnage joué par Jacques Perrin , » le crabe- tambour » donc, a combattu en Indochine ,puis en Algérie , en mémoire de son frère ( qui a été un » malgré-nous pendant la IIème GM et Schoendreffer est indulgent pour les malgré -nous ,il sous estime l’atroce violence des nazis) , tué par Le FLN et atrocement mutilé. C’est pour cela que le » crabe -tambour « participe au putsch des généraux de 1961. Pierre Schoenderffer manifeste une indulgence ou compréhension pour les putschistes , chacun agissant selon ce qui lui paraît convenir .Le personnage joué par Jean Rochefort est critiqué pour s’être engagé à quitter l’ Armée ( il était resté fidèle à la République ) et ne l’avoir pas fait . Le film montre les tensions dans l’ Armée entre ceux qui ont participé au putsch et ceux qui s’y sont opposés . Schoenderffer est indulgent pour ceux qui ont soutenu le putsch , il y voit une grandeur certaine ,alors que cela n’avait pas d’avenir . L’héroïsme solitaire face au respect de la République . Par la suite ,le personnage de Jacques Perrin , capturé par des rebelles en Afrique ( Somalie ?) devient leur chef . Un éloge du rebelle solitaire .On voit d’ailleurs le personnage sur une jonque . Le film est fondé sur l’opposition entre ceux qui ont respecté l’ obéissance de l’armée à l’autorité légale ( De Gaulle en l’occurence) et ceux qui l’ont refusé a nom de principes jugés supérieurs ( la fidélité à la mémoire de son frère , c’est un peu Antigone ) . Evidemment , aujourd’hui ces débats sont dépassés ,mais à la fin des années 1970 ,le débat était encore vif dans l’ Armée entre putschistes et ceux resté fidèles à la République à De Gaulle et à l’autorité légale . Il y a une indulgence certaine de Schoenderffer pour les putschistes dont il pense qu’il faut comprendre les raisons .
Le film a aussi une dimension religieuse et philosophique ,une évocation sur la dureté ,la rigueur du christianisme breton ( il ne s’agir pas de blasphémer ,un jeune homme en fait les frais ) et sur la parabole des talents . qu’ a t- on fait de son talent ? Des réflexions sur l’engagement. Disons -le titre personnel , c’est intéressant ,mais aussi un critiquable . Un éloge de celui qui a su s’opposer aux nom de ses principes ,alors que les guerres coloniales ont été très brutales ( cela ne justifie pas la violence du Viet-minh et du Fln) . Les officiers putschistes n’étaient pas seulement des idéalistes qui luttaient au nom de principes héroïques. C’était aussi des extrémistes.
Un film assez » masculin » ,peu de femmes sauf la jeune Aurore Clément et une autre actrice .
Et puis admiration pour ce réalisateur ( Schoenderffer ) et ces acteurs disparus : Jean Rochefort , Claude Rich , Jacques Dufilho , et aujourd’hui Jacques Perrin.